Chapitre 1 : Mon dos se brisa presque…
Il était 01 h du matin.
Mon père venait de rentrer.
Et pourtant, je ne m’attendais pas à ce que le silence de la nuit se transforme en fracas.
Du fond d’un sommeil vraiment profond — pour une fille de mon âge et qui avait eu cette longue et improbable journée— j’entendis soudain :
– Gba gba gba gba !
Il frappait très, très fort au portail d’entrée.
Puis, encore près de cinq fois.
– Gba gba gba, kpaaaaa !
Le bruit strident résonna.
Sa femme sursauta et me réveilla en même temps.
— Il est arrivé ! Il est arrivé ! Yéé ! (Elle paniqua.) Viens, on y va ! Viens !
En effet, je somnolais, j’étais à peine consciente. Ainsi, je me levai nonchalamment, en essayant très fort de me tenir debout. Ma frêle silhouette erra le long du couloir, puis du corridor, et enfin nous voilà dans la cour de la maison.
Elle y était déjà, à quelques mètres bien calculés de lui, craignant de se faire gifler.
Lui se tenait droit, face à elle, l’air féroce. Un souffle animal ralenti, la voix grave et faussement calme.
— Pourquoi mon portail est ouvert ?!
— Mais… j’ai demandé à ta fille d’aller fermer ! Là voilà, demande-lui ! Ne t’ai-je pas dit d’aller fermer ?!
(Elle venait de m’adresser la parole. Alors que je faisais le dernier pas le plus lourd de toute ma journée. Et direct, dans la gueule du loup.)
Et moi, je balbutiais, luttant encore contre le sommeil. J’assayais essayant de recouvrer ma capacité à parler, au milieu de cet air glacial qui m’enveloppait. Ma petite robe en pagne tombait déjà de mon épaule.
À cet instant, je compris que la peur pouvait faire plus mal qu’un coup. Mon cœur me faisait un mal comme lorsque tu mets un gros bloc de glaçon sur la poitrine. Je sentais une déchirure amère à chaque battement.
Une seconde : La foudre, le portail, la peur… et moi
— Euh… euh… j’ai… j’ai fermé… (Je bégayais. La peur et la confusion m’ont saisi. Mêlées à une recherche incertaine de compréhension et de compassion dans les yeux de mon père.)
C’est… c’est peut-être parce que c’était dur de pousser le portail, et donc la serrure n’est pas…
Cependant, je n’ai pas eu le temps de terminer la phrase.
En un seul éclair, la prochaine chose dont je me souviens, c’est :
— Fouaaaah !
Alors, un mal de dos et de ventre subit me plia en deux.
Mes larmes coulaient sans ma permission, et je me tordais en cherchant le regard de mon père. Le coup était bien au-delà de la douleur que j’aurais pu imaginer. Sa chaussure de soudeur, résistante, venait de me propulser contre le mur, au milieu des grandes fleurs dressées.
En vérité, je m’étais retrouvée coincée entre leurs tiges épaisses. J’étais écorchée de part et d’autre par les branches, comme lorsqu’on pousse quelqu’un entre deux arbres trop proches.
Ainsi, il m’avait frappée d’un coup de savate, avec ce pied énorme qui porte le poids d’un corps de 125 kg. Comme s’il voulait mettre à terre un objet qu’il méprisait.
Je n’ai même pas réussi à crier ma douleur. Le coup était inattendu, brutal, fulgurant. Mon dos a percuté le mur en ciment. Je me suis pliée en deux pour éviter de me cogner la tête.
À travers le brouillard de mes larmes, je l’ai vu : debout, droit devant moi, me fixant intensément, comme pour vérifier mon léger souffle court, si j’étais encore vivante ou sur le point de m’évanouir.
Je revois encore la scène comme si elle datait d’hier.
La peur se transforme en réelle douleur : Après le choc, le silence
Il est resté quelques secondes, le temps que je me plie, puis que je lève la tête pour croiser son regard. Ensuite, il a marché, lentement, et a quitté la cour sans mot dire, sans s’approcher, la tête légèrement baissée — comme s’il regrettait un peu son geste.
Sa femme, elle, était restée immobile, figée là où elle était, dans sa longue robe en pagne, craignant sans doute qu’il la gifle à son tour.
Puis, d’une voix presque neutre, un peu hésitante, elle finit par dire :
— Shadé… tu vas bien ? … Réponds-moi, non ? Tu vas bien ?
C’était plus un réflexe qu’un véritable élan de tendresse. Peut-être avait-elle un peu mal pour moi, mais je sais qu’elle préférait ça à être la victime — et encore moins à être honnête et dire ce qui s’était vraiment passé… Bof.
— Oui… oui… ai-je balbutié difficilement entre deux souffles.
Dès lors, j’avais mal au bas du dos, comme si ma colonne vertébrale avait été touchée. De plus, la poitrine et le ventre — là où j’avais reçu le coup — me faisaient un mal d’enfer, comme si on m’avait mis un poids sur la poitrine ou versé du piment dans une plaie ouverte.
Finalement, je me suis relevée difficilement, la respiration courte.
Et je savais, à ce moment-là, que l’histoire n’était pas terminée…
Que je venais d’entrer dans une nouvelle phase de guerre froide, de silences, de reproches, et de claques à répétition.
Mais surtout, je savais que je venais d’entrer dans la énième phase du parcours vers la perte de mon père, autrefois mon premier amour.
Depuis ce jour, je n’ai plus jamais entendu le bruit du portail sans frissonner.
(À suivre…)

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